Beaucoup de femmes autistes traversent l’enfance, l’adolescence et une bonne partie de leur vie adulte sans jamais ĂŞtre identifiĂ©es. Elles ne correspondent pas Ă l’image que la plupart des gens ont de l’autisme, elles ont appris très tĂ´t Ă compenser, et les outils cliniques ont longtemps Ă©tĂ© construits Ă partir d’Ă©chantillons majoritairement masculins. RĂ©sultat, le diagnostic arrive souvent après 25, 30 ou 40 ans, gĂ©nĂ©ralement après un long dĂ©tour par d’autres explications.
Ce qui suit porte sur le profil fĂ©minin de l’autisme, sur les signes qui changent selon l’Ă©tape de vie, sur les diagnostics qui arrivent souvent avant le bon, et sur le dĂ©roulement d’une Ă©valuation du trouble du spectre de l’autisme au QuĂ©bec.
Pourquoi l’autisme est encore sous-diagnostiquĂ© chez les femmes
L’autisme a Ă©tĂ© dĂ©crit pour la première fois dans les annĂ©es 1940, Ă partir d’observations portant presque uniquement sur des garçons. Pendant des dĂ©cennies, les critères, les questionnaires et les Ă©chelles d’observation ont donc Ă©tĂ© calibrĂ©s sur une prĂ©sentation masculine. Une femme dont les particularitĂ©s s’expriment autrement pouvait rĂ©pondre aux critères diagnostiques sans jamais dĂ©clencher de soupçon clinique.
Les chiffres racontent la suite. Aux États-Unis, le rĂ©seau de surveillance des Centers for Disease Control (CDC) a fait passer la proportion d’enfants de 8 ans identifiĂ©s comme autistes de un sur 150 en 2000 Ă un sur 68 en 2010, puis Ă un sur 31 en 2022, d’après le rapport publiĂ© en avril 2025. Les CDC rattachent d’abord cette progression Ă une meilleure identification, en particulier chez les très jeunes enfants et dans des groupes jusque-lĂ sous-repĂ©rĂ©s, Ă un dĂ©pistage plus systĂ©matique et Ă un meilleur accès Ă l’Ă©valuation. La baisse de la stigmatisation associĂ©e au fait d’en parler est aussi souvent avancĂ©e. Au QuĂ©bec, l’Institut national de santĂ© publique observe la mĂŞme tendance Ă la hausse chez les 1 Ă 24 ans.
Ce mĂŞme rapport amĂ©ricain compte 3,4 garçons pour une fille chez les enfants de 8 ans identifiĂ©s en 2022, contre 4,2 en 2018. Les CDC mettent toutefois en garde contre une lecture trop rapide de ce resserrement. L’Ă©cart absolu entre garçons et filles, lui, a continuĂ© de se creuser sur la mĂŞme pĂ©riode. Un ratio qui rĂ©trĂ©cit ne veut donc pas dire que les filles sont dĂ©sormais bien repĂ©rĂ©es.
Une mĂ©ta-analyse publiĂ©e en 2017 dans le Journal of the American Academy of Child and Adolescent Psychiatry a comparĂ© les Ă©tudes qui dĂ©pistent l’ensemble d’une population Ă celles qui recrutent uniquement des personnes dĂ©jĂ diagnostiquĂ©es. Dans les Ă©chantillons dĂ©jĂ diagnostiquĂ©s, on compte environ quatre garçons pour une fille. Chez les enfants qui rĂ©pondent rĂ©ellement aux critères, le ratio se rapproche plutĂ´t de trois pour un. Les autrices concluent que les filles qui rĂ©pondent aux critères du TSA courent un risque disproportionnĂ© de ne pas recevoir de diagnostic clinique.
L’Ă©cart entre quatre pour un et trois pour un reprĂ©sente une population entière de femmes qui rĂ©pondent aux critères et qui passent Ă travers les mailles du filet.
Trois mĂ©canismes s’additionnent. La prĂ©sentation diffère. Le camouflage social masque ce qui reste visible. Et lorsqu’une difficultĂ© finit par ĂŞtre nommĂ©e, elle est souvent attribuĂ©e Ă autre chose.
Le profil fĂ©minin de l’autisme, ce qui change dans la prĂ©sentation
Il n’existe pas un autisme masculin et un autisme fĂ©minin. Il existe un spectre, et une tendance statistique dans la façon dont les particularitĂ©s s’expriment et dont l’entourage les interprète.
Les intĂ©rĂŞts spĂ©cifiques ne dĂ©clenchent pas d’alarme
Les intérêts intenses et circonscrits font partie des critères diagnostiques. Chez un garçon, ils portent souvent sur des sujets qui détonnent, comme les horaires de transport ou la classification des minéraux. Chez une fille, ils portent fréquemment sur des thèmes socialement attendus, comme les animaux, la littérature, une série télévisée, un artiste, la psychologie.
Le critère est rempli dans les deux cas. C’est l’intensitĂ©, la structure et la fonction de l’intĂ©rĂŞt qui comptent, pas son sujet. Mais quand le sujet paraĂ®t ordinaire, personne ne le relève.
La socialisation est apprise plutĂ´t qu’intuitive
Beaucoup de femmes autistes ont des amitiĂ©s, parfois une vie sociale soutenue. La diffĂ©rence est dans le procĂ©dĂ©. LĂ oĂą la lecture sociale est automatique chez la plupart des gens, elle est ici analysĂ©e, dĂ©codĂ©e et reconstruite. Certaines observent longuement avant d’agir, imitent une camarade populaire, prĂ©parent leurs conversations, rĂ©visent mentalement leurs interactions pendant des heures après coup.
Cette compétence sociale existe réellement. Elle coûte simplement beaucoup plus cher en énergie.
Les particularités sensorielles sont internalisées
Les hypersensibilitĂ©s au bruit, Ă la lumière, aux textures ou aux odeurs sont frĂ©quentes. La diffĂ©rence est dans la rĂ©action. PlutĂ´t qu’une rĂ©action visible, on observe souvent un Ă©vitement discret, une tolĂ©rance forcĂ©e, puis un effondrement en privĂ©, une fois la porte de la maison refermĂ©e.
La rĂ©gulation Ă©motionnelle bascule vers l’intĂ©rieur
La surcharge s’exprime plus souvent par un retrait, un mutisme temporaire, de l’anxiĂ©tĂ© ou une dĂ©tresse tournĂ©e vers soi que par une opposition visible. Un enfant qui dĂ©range est signalĂ©. Une enfant discrète, appliquĂ©e et un peu Ă part est dĂ©crite comme timide, sensible ou rĂŞveuse, et le dossier s’arrĂŞte lĂ .
Le camouflage social, le mécanisme central
Le camouflage, ou masquage, dĂ©signe l’ensemble des stratĂ©gies conscientes et inconscientes qui servent Ă dissimuler les particularitĂ©s autistiques pour se conformer aux attentes sociales. Forcer le contact visuel malgrĂ© l’inconfort. RĂ©primer un mouvement rĂ©pĂ©titif qui apaise. Copier les expressions faciales et le dĂ©bit de voix des autres. PrĂ©parer des scripts de conversation. Se construire un personnage adaptĂ© Ă chaque contexte.
C’est le facteur qui explique le mieux pourquoi le diagnostic arrive si tard chez les femmes, et il est aussi le plus coĂ»teux.
Maintenu pendant des annĂ©es, le camouflage Ă©puise. Il produit une fatigue chronique disproportionnĂ©e par rapport Ă l’activitĂ© rĂ©elle, de l’anxiĂ©tĂ© sociale, un sentiment persistant d’imposture et une difficultĂ© Ă rĂ©pondre Ă la question «qui suis-je quand je ne joue pas un rĂ´le». C’est ce qu’on appelle l’Ă©puisement autistique. Il survient souvent aux pĂ©riodes oĂą la charge augmente d’un coup, comme l’entrĂ©e Ă l’universitĂ©, un premier emploi exigeant ou l’arrivĂ©e d’un enfant.
Beaucoup de femmes consultent prĂ©cisĂ©ment Ă ce moment, non pas parce qu’elles se demandent si elles sont autistes, mais parce qu’une stratĂ©gie qui fonctionnait depuis vingt ans vient de cesser de fonctionner.
Les signes de l’autisme chez la femme selon l’Ă©tape de vie
La prĂ©sentation ne se lit pas de la mĂŞme façon Ă sept ans, Ă quinze ans et Ă quarante ans. C’est l’une des raisons pour lesquelles une Ă©valuation sĂ©rieuse reconstruit toujours le parcours complet plutĂ´t que de photographier le moment prĂ©sent.
Chez la fille
Une enfant souvent dĂ©crite comme sage, sĂ©rieuse et discrète. Une seule amie proche Ă la fois, avec une relation intense et exclusive. Un jeu qui reproduit fidèlement des scĂ©narios observĂ©s plutĂ´t qu’un jeu librement imaginĂ©. Une sensibilitĂ© marquĂ©e aux vĂŞtements, aux Ă©tiquettes, aux bruits de la cafĂ©tĂ©ria. Un besoin fort de règles claires et de justice. Des rĂ©sultats scolaires souvent bons, ce qui suffit frĂ©quemment Ă clore la question.
Ă€ l’adolescence
C’est le moment oĂą l’Ă©cart devient perceptible. Les codes sociaux se complexifient et se dĂ©placent vite, les stratĂ©gies apprises ne suivent plus. On observe frĂ©quemment un Ă©puisement en fin de journĂ©e, un retrait, une anxiĂ©tĂ© qui s’installe, parfois des difficultĂ©s alimentaires ou de sommeil. Le lien avec un profil autistique est rarement fait Ă cette Ă©tape.
Chez la jeune adulte
L’universitĂ© ou le premier emploi retirent le cadre qui portait tout. La charge d’organisation, de planification et d’improvisation sociale augmente d’un coup. Beaucoup de femmes dĂ©crivent une performance qui tient, mais au prix d’une rĂ©cupĂ©ration complète le soir et la fin de semaine.
Après 40 ans
Les demandes d’Ă©valuation Ă cet âge sont en hausse. Le dĂ©clencheur est souvent extĂ©rieur. Un enfant reçoit un diagnostic de TSA, la mère reconnaĂ®t son propre parcours dans le rapport. Ou une pĂ©riode de surcharge prolongĂ©e fait tomber le camouflage. La question devient alors rĂ©trospective, relire quarante ans d’histoire avec une grille qui, cette fois, explique les choses.
Les diagnostics qui arrivent souvent avant le bon
Très peu de femmes autistes arrivent en évaluation sans historique. La plupart ont déjà reçu une ou plusieurs autres explications.
Chez les adultes dont le trouble du spectre de l’autisme n’a pas Ă©tĂ© identifiĂ© pendant l’enfance, les manifestations autistiques sont souvent lues comme relevant d’un autre trouble psychiatrique, longtemps avant que l’hypothèse d’un TSA soit envisagĂ©e. Reviennent surtout les troubles anxieux, dont l’anxiĂ©tĂ© sociale, les troubles de l’humeur, les troubles de la personnalitĂ©, les troubles alimentaires et le TDAH.
Une Ă©tude publiĂ©e en 2024 dans eClinicalMedicine a mesurĂ© la frĂ©quence du phĂ©nomène. MenĂ©e auprès de 1 211 adultes autistes, elle montre que 24,6 % d’entre eux rapportaient au moins un diagnostic psychiatrique antĂ©rieur qu’ils considĂ©raient comme erronĂ©. Les troubles de la personnalitĂ© arrivaient en tĂŞte des diagnostics perçus comme erronĂ©s, suivis des troubles anxieux, puis des troubles de l’humeur.
Chez les femmes autistes, la proportion monte Ă 31,7 %, contre 16,7 % chez les hommes.
Le trouble de la personnalité limite, le diagnostic différentiel le plus délicat
Le trouble de la personnalitĂ© limite est un diagnostic diffĂ©rentiel important chez certaines personnes autistes, parce que plusieurs manifestations se chevauchent, notamment sur le plan des interactions sociales, de la rĂ©gulation Ă©motionnelle et des relations interpersonnelles. Des Ă©tudes qualitatives ont documentĂ© des parcours dans lesquels des adultes autistes avaient d’abord reçu un diagnostic de trouble de la personnalitĂ© limite, parfois pendant des annĂ©es, avant que le TSA soit reconnu.
C’est aussi la raison pour laquelle ce diagnostic revient si souvent chez les femmes. Les difficultĂ©s relationnelles et la dĂ©rĂ©gulation Ă©motionnelle liĂ©es Ă des annĂ©es de camouflage et d’incomprĂ©hension mutuelle ressemblent, vues de l’extĂ©rieur, Ă ce que dĂ©crit le trouble de la personnalitĂ© limite.
Un diagnostic antĂ©rieur n’est pas forcĂ©ment une erreur
Un diagnostic psychiatrique posĂ© avant celui de TSA ne doit pas ĂŞtre considĂ©rĂ© automatiquement comme une erreur. Les troubles anxieux, dĂ©pressifs, alimentaires ou de la personnalitĂ© peuvent ĂŞtre prĂ©sents en mĂŞme temps qu’un TSA, et ils le sont souvent.
Les symptĂ´mes anxieux et dĂ©pressifs, en particulier, mĂ©ritent d’ĂŞtre pris au sĂ©rieux pour eux-mĂŞmes. Ils accompagnent frĂ©quemment un TSA, chez la femme comme chez l’homme, et le fait de reconnaĂ®tre le profil autistique ne les fait pas disparaĂ®tre. Ils demandent leur propre suivi.
Le problème n’est donc pas d’avoir reçu un autre diagnostic. Il est dans l’arrĂŞt de l’analyse. Le symptĂ´me est nommĂ©, traitĂ©, et la question de ce qui le produit depuis l’enfance n’est jamais posĂ©e.
Ce que l’Ă©valuation diffĂ©rentielle doit trancher
L’Ă©valuation cherche Ă dĂ©terminer si les manifestations observĂ©es s’expliquent mieux par un TSA, par une condition psychiatrique, par la coexistence des deux, ou par une interaction entre elles. Ces quatre rĂ©ponses n’ont pas les mĂŞmes consĂ©quences sur le suivi. Dre Diab place ce travail de dĂ©mĂŞlage au centre de ses Ă©valuations du TSA, en reprenant les diagnostics dĂ©jĂ posĂ©s.
Les donnĂ©es quĂ©bĂ©coises vont dans le mĂŞme sens. Une Ă©tude parue en 2025 dans le Journal of Neurodevelopmental Disorders, portant sur 2 799 adultes ayant reçu un premier diagnostic de TSA au QuĂ©bec entre 2012 et 2017, a reconstituĂ© leur parcours diagnostique Ă partir des donnĂ©es administratives de santĂ©. Les troubles anxieux et dĂ©pressifs figurent parmi les conditions les plus souvent documentĂ©es avant le diagnostic de TSA. Surtout, les trajectoires varient Ă©normĂ©ment d’une personne Ă l’autre, au point que les auteurs en dĂ©gagent cinq types distincts.
Il n’existe pas de parcours type vers un diagnostic tardif. L’Ă©valuation doit donc reprendre l’histoire dĂ©veloppementale au complet.
TDAH, douance et autisme, des profils qui se superposent
Trois combinaisons reviennent frĂ©quemment chez les femmes Ă©valuĂ©es Ă l’âge adulte.
Le TDAH et le TSA coexistent frĂ©quemment. Depuis le DSM-5, les deux diagnostics peuvent ĂŞtre posĂ©s chez la mĂŞme personne, ce qui n’Ă©tait pas permis auparavant. Chez la femme, le TDAH se prĂ©sente souvent sous une forme inattentive, sans agitation visible, et il est lui aussi identifiĂ© tardivement. Une Ă©valuation qui ne regarde qu’un des deux profils risque de ne voir que la moitiĂ© du portrait. Le sujet est dĂ©taillĂ© sur la page consacrĂ©e Ă l’Ă©valuation du TDAH.
La douance et l’autisme se superposent aussi. Un haut potentiel intellectuel offre des ressources de compensation considĂ©rables. Une femme douĂ©e et autiste peut construire, par pure analyse, un fonctionnement social qui tient jusqu’Ă ce que la charge devienne trop lourde. C’est un profil souvent manquĂ©. Voir l’Ă©valuation de la douance et, pour la combinaison des deux, la double exceptionnalitĂ©.
Le principe est le mĂŞme dans les trois cas. Quand deux profils se superposent, ils se masquent mutuellement, et le portrait clinique n’a de sens que si l’Ă©valuation les examine ensemble.
Ce que les tests d’autisme en ligne peuvent et ne peuvent pas faire
Les questionnaires gratuits en ligne sont souvent le premier rĂ©flexe, et c’est comprĂ©hensible. Certains sont d’ailleurs de vĂ©ritables instruments de dĂ©pistage validĂ©s, comme le questionnaire du quotient autistique ou le questionnaire de camouflage.
Ce qu’ils peuvent faire, c’est structurer une intuition. Ils donnent un vocabulaire, ils indiquent qu’une piste mĂ©rite d’ĂŞtre explorĂ©e, et ils aident Ă prĂ©parer une première rencontre.
Ce qu’ils ne peuvent pas faire, c’est Ă©tablir un diagnostic. Un score Ă©levĂ© peut reflĂ©ter de l’anxiĂ©tĂ©, un trauma, un TDAH ou une pĂ©riode d’Ă©puisement. Un score bas ne dit rien de rassurant chez une personne qui camoufle efficacement depuis trente ans, puisque le camouflage porte justement sur les comportements que le questionnaire tente de mesurer. Ces outils sont un point de dĂ©part, jamais une conclusion.
Comment se déroule une évaluation du TSA chez la femme adulte au Québec
Au QuĂ©bec, le diagnostic du trouble du spectre de l’autisme est un acte rĂ©servĂ©. Il peut ĂŞtre posĂ© par un mĂ©decin, ainsi que par les psychologues et les neuropsychologues membres de l’Ordre des psychologues du QuĂ©bec. Depuis le 7 novembre 2024, date d’entrĂ©e en vigueur de la loi modifiant le Code des professions, l’article 37.1 parle de diagnostiquer les troubles mentaux, la dĂ©ficience intellectuelle et les troubles neuropsychologiques, lĂ oĂą il parlait auparavant d’Ă©valuer. L’Ordre dĂ©crit ce changement comme la reconnaissance formelle d’une pratique qui existait dĂ©jĂ , et non comme une nouvelle activitĂ©.
Une Ă©valuation chez la femme adulte comprend habituellement une entrevue clinique approfondie, une reconstruction de l’histoire dĂ©veloppementale, des outils standardisĂ©s, et une analyse intĂ©grĂ©e qui tient compte des diagnostics antĂ©rieurs. Le dĂ©roulement complet est dĂ©crit sur la page Évaluation du trouble du spectre de l’autisme et, plus largement, sur la page Évaluation neuropsychologique.
Deux points mĂ©ritent d’ĂŞtre connus avant de commencer.
Le premier, les outils d’observation standardisĂ©s ont des limites documentĂ©es chez les femmes qui camouflent. Une Ă©chelle d’observation mesure ce qui est visible pendant la rencontre, or c’est prĂ©cisĂ©ment ce que trente ans de compensation ont appris Ă rendre invisible. C’est pourquoi l’histoire dĂ©veloppementale, le rĂ©cit de la personne elle-mĂŞme et, quand c’est possible, un regard extĂ©rieur sur l’enfance pèsent aussi lourd que la passation des tests. Une Ă©valuation qui reposerait uniquement sur l’observation directe manquerait une partie du portrait.
Le second, l’histoire dĂ©veloppementale est parfois difficile Ă reconstituer Ă l’âge adulte. Les parents ne sont pas toujours disponibles, et les souvenirs se rĂ©organisent. Les bulletins scolaires, les commentaires d’enseignants, les photos, les carnets de santĂ© et les rĂ©cits de la fratrie ont une rĂ©elle valeur clinique. Il vaut la peine de les rassembler avant la première rencontre.
Sur le plan financier, une Ă©valuation en pratique privĂ©e peut ĂŞtre couverte en partie par une assurance collective, et les frais peuvent donner droit Ă un crĂ©dit d’impĂ´t pour frais mĂ©dicaux. Il vaut la peine de vĂ©rifier auprès de votre assureur avant d’entreprendre la dĂ©marche.
Ce qui change après un diagnostic tardif
Recevoir un diagnostic Ă 35 ou 50 ans ne change pas la personne que vous Ă©tiez la veille. Ça change ce qu’elle comprend d’elle-mĂŞme.
L’effet le plus souvent rapportĂ© est la relecture. Des Ă©pisodes attribuĂ©s pendant des annĂ©es Ă un manque de volontĂ©, Ă trop de sensibilitĂ© ou Ă un dĂ©faut de caractère reçoivent enfin une explication cohĂ©rente. Cette rĂ©attribution a une valeur clinique en soi, parce qu’elle retire une charge de culpabilitĂ© qui pesait souvent depuis l’enfance.
Vient ensuite l’aspect pratique. Le rapport documente un profil cognitif prĂ©cis, avec ses forces et ses points de vulnĂ©rabilitĂ©. Il permet d’ajuster l’environnement de travail ou d’Ă©tudes, d’appuyer une demande d’accommodements, et surtout d’orienter le suivi psychologique vers ce qui est rĂ©ellement en cause plutĂ´t que vers le symptĂ´me de surface.
Il y a enfin l’aspect relationnel. Nommer ce qui se passe permet de l’expliquer Ă un conjoint, Ă une famille ou Ă un employeur, et de demander des ajustements sans avoir Ă les justifier chaque fois.
Un diagnostic reste une grille de lecture, pas une Ă©tiquette et pas une fin de parcours. Pour beaucoup de femmes, c’est la première qui tient debout.
Questions fréquentes
Peut-on recevoir un diagnostic d’autisme Ă 40 ou 50 ans?
Oui. Un diagnostic de TSA peut ĂŞtre posĂ© Ă tout âge. Les critères exigent que les particularitĂ©s soient prĂ©sentes depuis la petite enfance, mais elles peuvent n’ĂŞtre devenues manifestes que plus tard, au moment oĂą les demandes de l’environnement ont dĂ©passĂ© les capacitĂ©s de compensation. Les demandes d’Ă©valuation après 40 ans sont d’ailleurs en augmentation.
Pourquoi les femmes autistes sont-elles diagnostiquées plus tard que les hommes?
Trois raisons se combinent. Les critères et les outils ont Ă©tĂ© construits Ă partir d’Ă©chantillons majoritairement masculins. Le camouflage social est plus frĂ©quent et plus Ă©laborĂ©. Et les difficultĂ©s qui Ă©mergent sont souvent attribuĂ©es d’abord Ă l’anxiĂ©tĂ© ou Ă la dĂ©pression, ce qui arrĂŞte l’analyse avant qu’on remonte Ă l’enfance.
Quels diagnostics reçoit-on souvent avant un diagnostic d’autisme?
Les plus frĂ©quents sont les troubles anxieux, les troubles de l’humeur, les troubles de la personnalitĂ©, en particulier le trouble de la personnalitĂ© limite, les troubles alimentaires et le TDAH. Dans une Ă©tude de 2024 menĂ©e auprès de 1 211 adultes autistes, 31,7 % des femmes rapportaient au moins un diagnostic psychiatrique antĂ©rieur qu’elles considĂ©raient comme erronĂ©, contre 16,7 % des hommes. Un diagnostic antĂ©rieur n’est pas nĂ©cessairement une erreur, puisque ces conditions peuvent aussi coexister avec un TSA.
Quelle est la diffĂ©rence entre l’autisme chez la femme et le syndrome d’Asperger?
Le syndrome d’Asperger n’est plus un diagnostic distinct. Depuis le DSM-5, publiĂ© en 2013, il est intĂ©grĂ© au trouble du spectre de l’autisme. Une femme qui aurait reçu ce diagnostic auparavant se situe aujourd’hui sur le spectre autistique, gĂ©nĂ©ralement sans dĂ©ficience intellectuelle ni retard de langage.
Les tests d’autisme gratuits en ligne sont-ils fiables?
Ils peuvent orienter une rĂ©flexion, pas conclure. Certains sont des outils de dĂ©pistage validĂ©s, mais ils ne remplacent pas une Ă©valuation clinique. Chez une personne qui camoufle depuis des annĂ©es, un score faible ne permet d’Ă©carter aucune hypothèse.
Peut-on ĂŞtre Ă la fois autiste et avoir un TDAH?
Oui, et c’est frĂ©quent. Depuis le DSM-5, les deux diagnostics peuvent coexister chez la mĂŞme personne. Chez la femme, cette combinaison est particulièrement souvent identifiĂ©e tardivement, parce que les deux profils se prĂ©sentent sous une forme peu visible.
Comment se préparer à une première rencontre?
Rassemblez ce qui documente votre enfance, bulletins scolaires, commentaires d’enseignants, carnet de santĂ©, souvenirs de la fratrie. Notez les situations qui vous demandent le plus d’Ă©nergie, et les diagnostics ou traitements dĂ©jĂ reçus. Ce matĂ©riel accĂ©lère considĂ©rablement la reconstruction de l’histoire dĂ©veloppementale.
Si vous vous reconnaissez dans ce portrait
Une Ă©valuation ne commence pas par une batterie de tests. Elle commence par une conversation, qui sert d’abord Ă dĂ©terminer si la dĂ©marche est pertinente pour vous.
Dre Sabrina Diab, neuropsychologue, rĂ©alise des Ă©valuations du trouble du spectre de l’autisme chez l’enfant, l’adolescent et l’adulte, en français et en anglais, Ă MontrĂ©al. Certaines personnes se dĂ©placent de l’extĂ©rieur de la rĂ©gion pour la dĂ©marche.
Sources citĂ©es dans l’article
- Shaw KA, Williams S, Patrick ME, et al. Prevalence and Early Identification of Autism Spectrum Disorder Among Children Aged 4 and 8 Years, ADDM Network, 16 Sites, United States, 2022. MMWR Surveill Summ 2025;74(No. SS-2):1-22. Publié le 17 avril 2025.
- ADDM Network Surveillance Year 2010 Principal Investigators. Prevalence of Autism Spectrum Disorder Among Children Aged 8 Years, ADDM Network, 11 Sites, United States, 2010. MMWR Surveill Summ 2014;63(No. SS-2):1-21.
- ADDM Network Surveillance Year 2000 Principal Investigators. Prevalence of Autism Spectrum Disorders, ADDM Network, Six Sites, United States, 2000. MMWR Surveill Summ 2007;56(No. SS-1):1-11.
- Loomes R, Hull L, Mandy WPL. What Is the Male-to-Female Ratio in Autism Spectrum Disorder? A Systematic Review and Meta-Analysis. J Am Acad Child Adolesc Psychiatry 2017;56(6):466-474.
- Kentrou V, Livingston LA, Grove R, Hoekstra RA, Begeer S. Perceived misdiagnosis of psychiatric conditions in autistic adults. eClinicalMedicine 2024;71:102586.
- Dufour I, Chiu Y, Brodeur S, et al. Pathways to autism diagnosis in adulthood. J Neurodev Disord 2025;17:35.
- Institut national de santĂ© publique du QuĂ©bec. Trouble du spectre de l’autisme (TSA), indicateur de surveillance (SISMACQ), 1 Ă 24 ans.
- Ordre des psychologues du QuĂ©bec. Le droit d’utiliser le terme diagnostic pour les psychologues et les neuropsychologues au QuĂ©bec.
- Loi modifiant le Code des professions pour la modernisation du système professionnel et visant l’Ă©largissement de certaines pratiques professionnelles dans le domaine de la santĂ© et des services sociaux, LQ 2024, c. 31, sanctionnĂ©e et en vigueur le 7 novembre 2024, article 37.1 du Code des professions.